Agriculture urbaine : Albi montre l’exemple

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Mardi 02 octobre 2018
L’agriculture urbaine qu’encourage la ville d’Albi a donné lieu à de belles initiatives publiques et privées, mais aussi à une reconnaissance des médias et de collectivités qui voudraient s’en inspirer. Échange avec Jean-Michel Bouat, adjoint au maire délégué à l’agriculture urbaine.
L’engouement pour le jardinage et les circuits courts de proximité ont contribué à mobiliser les Albigeois et certaines associations. Ici, le jardin solidaire de Rayssac.
Source : D.R

En 2014, la ville d’Albi s’engage dans une démarche d’agriculture urbaine. Quel est le résultat aujourd’hui ?
« La ville d’Albi privilégie l’action aux beaux discours. En moins de quatre ans, elle a mis en pratique sa volonté de développer l’agriculture urbaine à travers plusieurs actions engagées aux côtés d’associations, d’entrepreneurs et plus largement des Albigeois sensibles à cette démarche. Sans vouloir en faire une liste exhaustive, on peut retenir parmi les derniers projets menés l’écopâturage avec le troupeau de brebis au Marranel mais aussi le développement du maraîchage à Canavières. Il y a aussi cette volonté de favoriser les circuits courts de proximité qui permettent d’approvisionner notamment la cuisine centrale. »

Deux maraîchers aujourd’hui et l’objectif de cinq d’ici deux ans. C’est long…
« Cette opération de création de zone d’aménagement différé de Canavières pour développer le maraîchage demande du temps et de la persévérance. Il s’agit en effet d’acquérir progressivement des parcelles souvent dispersées en vue de les réunir pour former des terrains suffisants pour y accueillir des maraîchers. Le Jardin d’André qui produit quinze tonnes de légumes chaque année est un véritable exemple de ce que nous recherchons. Nous tenons aussi à accompagner des entrepreneurs dont le savoir-faire leur permettra de pérenniser leur activité. Nous travaillons avec la Chambre d’agriculture et le lycée Fonlabour avec lesquels une convention a été signée pour accompagner au mieux ces nouveaux maraîchers. »

La démarche d’agriculture urbaine s’est-elle structurée depuis 2014 ?
« Un comité de pilotage a été créé il y a un an pour mettre en place un Plan alimentaire territorial (PAT) et fédérer tous les acteurs concernés. Un PAT est un programme d’actions élaboré en concertation avec les acteurs du territoire et qui a pour objectif de promouvoir une agriculture et une alimentation locales, durables et de qualité. Il réunit à Albi les chambres consulaires — CCI, métiers, agriculture, lycée agricole Fonlabour -, des
établissements d’enseignement supérieur, des associations — Incroyables comestibles,… — et des institutions — collectivités, ARS… Nous nous inscrivons pleinement dans le Programme national sur l’alimentation qui nous a valu d’ailleurs d’être lauréats de l’appel à projets lancé par l’État. Cette reconnaissance nous permettra de développer avec la subvention obtenue deux projets, l’un à Lapanouse, avec la création d’un nouveau jardin solidaire et collectif à l’exemple de celui créé à Rayssac, et l’autre dans les écoles avec des animations de sensibilisation au gaspillage alimentaire et aux circuits de proximité. »

Albi a bénéficié d’une belle médiatisation et sert d’exemple à d’autres villes. Comment expliquez-vous cela ?
« Lorsqu’il s’agit de parler d’agriculture urbaine, Albi est effectivement souvent citée en exemple par les médias. D’abord parce qu’elle a été sans doute visionnaire dans ce domaine et la première à créer une délégation à l’agriculture urbaine et acheter des terrains pour du maraîchage. Nous avons aussi une approche pragmatique : mieux vaut encore une agriculture raisonnée locale que des produits bio cultivés à des centaines voire des milliers de kilomètres d’Albi. Les différents projets lancés ont intéressé les médias car l’on sent bien que cela répond à une demande de la population, de l’économie locale et est plus cohérent dans un contexte de changement climatique. La couverture médiatique a incité plusieurs communes françaises à s’inspirer de notre travail. »

Et votre objectif de 2020 ?
« J’ai déclaré que nous nous étions fixé l’autosuffisance alimentaire dans un rayon de 60 km autour d’Albi avec une échéance en 2020, qui correspond simplement à la fin du mandat. Cela donne un cap, mais le chemin parcouru est tout aussi important que le point d’arrivée. Pour autant, il est évident qu’il y a encore beaucoup à faire pour changer les mentalités, penser autrement l’agriculture et nos modes de consommation. La ville couvre 4 400 hectares dont 1 200 de surfaces agricoles exploitables. Le potentiel est là. La collaboration que nous menons désormais avec la Chambre d’agriculture permettra de créer de nouveaux circuits de production et de distribution. Un agriculteur pourrait, par exemple, consacrer une partie de ses terrains à la production de légumes destinés à la consommation locale. L’enjeu économique n’est pas à négliger. Le développement du maraîchage via l’insertion, des Amap, des nouvelles épiceries comme Crock Papilles témoigne que beaucoup d’Albigeois se sont approprié la démarche. »