L'art au service des patients

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Mercredi 31 janvier 2018 - Actualité archivée le 31 mars 2018
À l'Unité pour malades difficiles de la fondation du Bon Sauveur, Valérie Pages, infirmière art-thérapeute, met de la couleur dans les yeux des patients qui fréquentent son atelier. Un espace d'expression et de liberté dans un univers hospitalier très encadré.
Ce qui compte avant tout est que les patients prennent du plaisir, que la confiance soit établie entre eux et avec moi
Source : D.R

C'est une succession de portes verrouillées électroniquement qu'il faut passer avant d'accéder au coeur de l'Unité pour malades difficiles du Bon Sauveur située à l'écart de la ville, près de la route de Teillet. Dans l'espace d'activités séparé des deux unités d'accueil, l'atelier artistique où travaille Valérie Pages depuis 2013 contraste avec le reste des pièces. Aux murs, des dizaines de dessins et de peintures sont affichées et témoignent du travail réalisé au fil des mois par les patients ; au centre de cette salle lumineuse et colorée, une grande table autour de laquelle ils se retrouvent en petit groupe. « À mon arrivée, il a fallu tout inventer et proposer de nouvelles activités complémentaires à celles de l'ergothérapeute », raconte Valérie. Aujourd'hui, la palette est large : théâtre, mime, peinture, écriture, cuisine, jardinage, écoute musicale,... autant d'outils pour travailler avec ces patients au profil complexe.

L'atelier est un espace de création, d'expression et de liberté. Il est important que les patients prennent du plaisir et que la confiance soit établie entre eux et moi.

Valérie, passionnée depuis longtemps par l'art et l'architecture, a trouvé rapidement son bonheur. « L'atelier est un espace de création, d'expression et de liberté. Ce qui compte avant tout est que les patients prennent du plaisir, que la confiance soit établie entre eux et avec moi, qu'ils se sentent bien tout simplement. C'est aussi pour eux une manière d'occuper leur temps. » Un temps qui peut paraître long lorsque l'on est hospitalisé plusieurs mois voire des années. C'est que les quarante patients hospitalisés ont souvent un passé lourd. Beaucoup souffrent de troubles graves comme la schizophrénie et n'ont plus guère de contact avec l'extérieur. « Ils ne sont de loin pas tous passés à l'acte, contrairement à ce que l'on pense », tient à préciser l'infirmière. « Il ne faut pas les réduire à leur état. »

L'art est aussi prétexte pour aborder la maladie et le handicap, notamment pour les patients qui sont dans le déni et ne se rendent pas toujours compte de la situation. « Ici, ils peuvent poser les choses sur du papier ou sur une toile. » Un des derniers projets artistiques menés portait par exemple sur l’oeuvre de Toulouse-Lautrec. Le choix du peintre albigeois n'était pas anodin. « J'ai commencé par leur présenter l'artiste, mais aussi l'homme qui a eu aussi une vie chaotique, a connu la maladie, le handicap, l'alcool. Il a pourtant réussi à faire de belles choses. » Les patients se sont réapproprié certaines peintures de Toulouse-Lautrec et ont réalisé chacun un tableau qui a donné lieu à une exposition. Même dynamique pour Séraphine Louis dont l’oeuvre a servi de prétexte à un atelier. D'autres projets autour de Camille Claudel et Aloïse Corbaz, figure emblématique de l'Art brut, sont en cours.

Le résultat est souvent une belle surprise pour les patients et l'équipe soignante. « Ils sont ravis de voir ce qu'ils sont capables de faire. C'est valorisant. Pour y arriver, il est nécessaire de bien les connaître pour mieux les accompagner. J'ai appris pour cela à comprendre leur maladie. L'observation, l'écoute, l'intuition sont essentielles. » Et de se souvenir de ce patient arrivé en situation de crise à l'atelier et reparti le sourire aux lèvres et apaisé.
Valérie Pages ne se destinait pas au métier d'infirmière. « Je me suis d'abord un peu cherchée. » Après des études d'espagnol et un emploi dans une jardinerie bien connue d'Albi, la jeune femme décide de passer le concours pour entrer à l'école d'infirmière. « J'aimais le relationnel, le contact et la complexité de l'être humain. » Elle suit une formation à Narbonne avec l'idée de s'orienter vers la psychiatrie. Elle travaille là-bas deux ans avant de revenir à Albi et de postuler au Bon Sauveur. Pendant une dizaine d'années, elle découvre différents services de l'hôpital psychiatrique. Un des plus marquants a été l'unité pour jeunes adultes autistes déficitaires. « Une unité qui m'a ouvert les yeux sur l'importance de la prise en charge et de la connaissance globale des patients. J'ai beaucoup appris à leur contact. » Avec les patients de l'UMD, c'est une nouvelle aventure qui se poursuit pour Valérie.

BIO

1998 Diplômée de l'école d'infirmière
2000 Entrée à la Fondation du Bon Sauveur d'Albi
2012 Infirmière à l'Unité pour malades difficiles Louis Crocq

 

Contact

L'unité pour malades difficiles Louis Crocq
Chemin du Séminaire du Roc
81000 Albi
Tel : 05 63 48 56 00
Fax : 
05 63 76 50 18
Centre hospitalier spécialisé Pierre Jamet
1, rue Lavazière
81025 Albi
05.63.48.48.48