Le système de santé à Albi en pleine mutation

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Vendredi 23 février 2018
La santé est une priorité pour tous, qu'il soit question d'offre, d'accessibilité et de qualité des soins, mais aussi de prévention. Entretien avec Abderrahim Hammou-Kaddour, délégué départemental de l'Agence régionale de santé pour le Tarn.
L'essentiel de la bientraitance pour le personnel soignant.
Source : D.R
Abderrahim Hammou-Kaddour

Abderrahim Hammou-Kaddour

 

On parle beaucoup de pénurie de médecins. Y a-t-il de quoi s'inquiéter à Albi ?

« La situation reste plutôt favorable à Albi, où le nombre de professionnels de santé, je pense aux médecins généralistes, est supérieur à la moyenne nationale. Pour les spécialistes, c'est déjà moins le cas. Pour autant, l'avenir reste préoccupant. L'indice de vieillissement de la population tarnaise, mais aussi celui des professionnels de santé nous obligent à réfléchir d'ores et déjà pour trouver des solutions. D'ici 2025-2027, 25 à 28 % environ des généralistes dans le Tarn pourront prétendre à la retraite : c'est énorme. Nous devons donc mettre en oeuvre une politique d'attractivité visant les établissements de santé, les professionnels libéraux et plus largement le territoire albigeois. Albi est une zone favorisée car elle a de nombreux atouts, mais elle manque de visibilité. La proximité avec Toulouse, son cadre de vie, ses services à la population, tout cela peut être attractif. Il y a un vrai travail de promotion à faire auprès des futurs professionnels de santé. En accueillant des stagiaires, par exemple, les médecins albigeois peuvent aussi contribuer à faire connaître Albi. »

Un contrat pour améliorer la santé en Albigeois
Alors que le paysage hospitalier de l'agglomération est en pleine restructuration, un contrat local de santé va être établi sur le territoire de la ville d'Albi entre l'Agence régionale de santé et la collectivité. Un CLS vise à réduire les inégalités territoriales et sociales de santé en agissant notamment sur la prévention, les politiques de soins et l'accompagnement médico-social. Il pose aussi la manière d'aborder l'organisation des soins, la coordination des acteurs de santé, mais aussi l'évolution du respect des droits des patients et de la qualité des prises en charge. Le Conseil local de santé mentale (CLSM) a été créé à Albi en 2013 dans une dynamique similaire.

Quels sont les enjeux à court et moyen termes ?

« Le système de santé n'est plus le même qu'il y a dix ans. Il évolue avec des équipements de plus en plus spécialisés et coûteux, mais aussi avec une organisation qui doit tenir compte du contexte actuel. Si nous voulons maintenir une santé de pointe dans le Tarn, il nous faut des outils performants et éviter des concurrences entre territoires. Cela permettra notamment de réduire les taux de fuite vers les établissements toulousains. La création d'un groupement hospitalier de territoire réunissant des établissements publics de santé de trois départements va dans ce sens en visant une identité commune médico- soignante plus efficiente et une meilleure coordination. Il s'agit de définir comment les équipes pourront répondre demain aux besoins des patients, qu'il s'agisse des plateaux techniques, de l'accompagnement des personnes, de l’hospitalisation de jour et à domicile, etc. Le développement de la chirurgie ambulatoire doit être, par exemple, mené avec celle de la prise en charge postopératoire. La santé de demain exigera des équipes de plus en plus spécialisées pour des patients souffrant de polypathologies. »

Quelles sont les pistes de réflexion pour l'avenir ?

« Nous avons mené des expériences novatrices à Albi comme la Maison médicale de garde qui est en service depuis juillet dernier. Financée par l'ARS, cette maison située rue de la Berchère accueille le week-end de 8h à minuit les patients dont l'état de santé n'exige pas un passage aux urgences. Quand on sait qu'un tiers des entrées aux urgences en période d'épidémie relève de la "bobologie", cette structure, où se relayent 80 médecins généralistes installés, retraités, actifs ou régulateurs, répond à un réel besoin. La télémédecine est également expérimentée dans certaines maisons de retraite tarnaises, où les équipes peuvent faire appel à distance à des médecins spécialisés. »

En quoi les collectivités peuvent-elles prendre part à la réflexion ?

« Établissement public administratif, l'Agence régionale de santé Occitanie est le bras armé du ministère de la Santé sur les territoires. Pour déployer sa politique de santé, elle s'appuie sur l'ensemble des réglementations et dispositifs juridiques et définit ce qu'on appelle un projet régional de santé. Celui-ci repose sur des engagements forts et un programme d'actions. Le contrat local de santé (CLS) envisagé à Albi sera la déclinaison concrète du programme régional de santé. Pour améliorer le service sur un territoire, les collectivités peuvent agir à plusieurs niveaux. On oublie trop souvent que la santé n'est pas l'apanage des médecins et des hôpitaux et qu'elle ne peut pas se limiter au curatif. Nous savons qu'elle est étroitement liée aux habitudes de vie qu'il s'agisse de l'alimentation, de la pratique sportive, de l'environnement dans lequel on vit, de l'architecture des bâtiments, etc. La prévention est ici indispensable et il nous faut pour cela s'appuyer sur des relais locaux comme les communes et l’Éducation nationale, par exemple, qui peuvent contribuer à sensibiliser et informer les habitants. »

LE SAVIEZ-VOUS ?
En dehors des plages d’ouverture des cabinets médicaux (après 20h, les week-ends et les jours fériés), appelez le 39 66 Allô Docteur avant de vous déplacer (sauf s'il s'agit d'une urgence) : vous serez orienté par un médecin vers le dispositif de permanence médicale le plus adapté à votre état de santé. Albi compte 108 médecins généralistes (dont 59 en cabinet médical) et 213 médecins spécialistes.