Rose-Marie Raynaud : une vie au service des sourds

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Mardi 24 avril 2018 - Actualité archivée le 30 juin 2018
Elle a oeuvré toute sa vie pour défendre la cause des malentendants. Aujourd’hui à la retraite, l'Albigeoise Rose-Marie Raynaud porte un regard juste et posé sur son engagement et la situation des sourds.
Beaucoup de bonheur, des combats difficiles aussi. Mais je pense avoir fait mon devoir.
Source : D.R

C'est avec le sourire que Rose-Marie Raynaud vous accueille chez elle, dans le quartier du Breuil-Mazicou. Sourde de naissance, cette Albigeoise de 86 ans, fixe son regard sur les lèvres pour comprendre, ce qui exige une concentration de tous les instants. Pour y parvenir, elle a suivi dès le plus jeune âge un enseignement spécialisé à l'école pour les sourds du Bon Sauveur.

Dans les années 40, l'école comptait plusieurs centaines d'élèves, pris en charge par les religieuses, se souvient-elle. « À l'époque, l'apprentissage de la parole était privilégié à celui de la langue des signes. Je ne l'ai apprise qu'à partir de l'âge de dix ans.

 Après le bac, en 1949, elle est recrutée au Bon Sauveur comme secrétaire avant de devenir chef de service en 1980. « J'ai davantage vécu au Bon Sauveur que dans ma famille », lance-t-elle en comptant le nombre d'années passées dans l'établissement comme élève puis comme employée.

Très tôt, elle fait le choix aussi de s'engager pleinement pour la défense des sourds. Elle s'investit dans plusieurs structures au niveau local, régional et national et milite notamment pour une meilleure prise en charge des sourds, notamment au niveau de l'enseignement. Dans les années 80, alors présidente de la Fédération nationale des sourds de France, elle représente les sourds dans les instances nationales et internationales, contribuant activement à l'insertion sociale des déficients auditifs. Son engagement lui vaudra de recevoir les insignes de commandeur de l'Ordre national du mérite en 1995.

 Je retiens de cette période beaucoup de bonheur, des combats difficiles aussi. Mais je pense avoir fait mon devoir.

Pendant des années, Rose-Marie Raynaud se bat avec d'autres pour faire valoir les droits des sourds et faciliter leur intégration dans la société. Les efforts portent leurs fruits avec l'adoption de la loi Handicap en 2005 qui vise à l'égalité des droits et des chances des personnes handicapées. Accueillie plutôt favorablement par les associations de personnes sourdes ou malentendantes, cette loi repose sur une centaine d'articles relatifs à l’accueil des personnes handicapées, à l’accès aux soins, mais aussi à la scolarité, à l’emploi, à l'accessibilité, et à la participation à la vie sociale. L’article 75 reconnaît notamment la langue des signes française comme une langue à part entière.

Les écoles ont évolué et offrent la chance à tous de réussir. Quand j'étais au lycée, c'était autre chose... Pour mon bac, l'examinateur avait refusé la présence d'un interprète...

À Albi, membre de l'Amicale des anciens élèves de l'Institution des jeunes sourds du Bon Sauveur, elle participe à la création du foyer dans les années 70 ; elle en sera d'ailleurs la présidente de 1977 à 1995. En 1987, elle organise le premier symposium européen d'interprètes à Albi.

En mai prochain, les 80 ans de la Maison des sourds seront l'occasion de réunir tous ceux qui ont côtoyé les lieux et de se souvenir de toutes ces relations nouées au fil du temps.

Rose-Marie Raynaud a aussi beaucoup oeuvré pour les jeunes sourds, développant pendant de nombreuses années des camps et des colonies de vacances.
Si la situation des sourds s'est améliorée ces dernières années, l'accès à des formations ou à l'emploi reste un parcours du combattant.

À la retraite, Rose-Marie Raynaud continue donc de se rendre disponible. Très régulièrement, elle accueille chez elle des sourds pour gérer leurs dossiers administratifs. « Ceux qui ne parlent pas ont du mal à faire valoir leurs droits auprès des administrations. Tout ne peut pas se régler par internet. Je les aide et les représente lors de rendez-vous. » Il lui arrive aussi de recevoir des familles dont les enfants sont sourds, malentendants voire autistes.

Pour les plus grands, il est difficile de trouver un travail quand ils n'oralisent pas, reconnaît-elle démunie. Même si certains apprennent la LSF, la plupart des gens ne la connaissent pas ; la communication s'avère impossible.

 Il y a bien les implants. Le sujet fait l'objet de débats assez vifs. Rose-Marie Raynaud reste d'ailleurs perplexe sur ses bienfaits. Elle réfléchit aussi aujourd'hui à un projet de création d'un foyer dédié à l'hébergement des sourds âgés. L'exclusion et l'isolement restent hélas une réalité que Rose-Marie Raynaud est toujours prête à combattre.